Victor JOSSET (1822 – 1906) et Émilie GAGNANT (1821 – 1873) acquièrent, pour la somme de 12,000 francs, le Chariot d’Or le 29 avril 1870 qui était détenu par les enfants DAUPHIN:
La présente vente est consentie et acceptée moyennant la somme de douze mille francs de prix principal sur laquelle Monsieur et Madame JOSSET ont de suite payé comptant aux vendeurs qui le reconnaissent et leur en consentent quittance, celle de mille francs quant aux onze mille francs de surplus Monsieur et Madame JOSSET s’obligent solidairement entr’eux, à les payer aux vendeurs ou à leurs mandataires, savoir neuf mille francs le trente un décembre mil huit cent soixante onze. Et les deux mille francs de surplus dans trois ans de ce jour.
Les acquéreurs auront la faculté de se libérer par anticipation de leur prix principal d’acquisition mais à la charge par eux au dit cas d’offrir des à comptes qui ne pourront être inférieurs à trois mille francs et de prévenir les vendeurs un mois à l’avance par écrit de leur intention à cet égard. Jusqu’au paiement intégral la portion restante due sur le dit principal produira des intérêts au taux de cinq pour cent par an, sans retenue, qui commenceront à courir à compter d’aujourd’hui et seront payables par semestre les quinze janvier et quinze juillet de chaque année et pour la première fois pour le prorata qui en sera alors couru le quinze juillet prochain. Tous paiements en principal et intérêts auront lieu à Longjumeau en l’étude du notaire soussigné et ne seront valablement effectués qu’en bonnes espèces de monnaie d’or ou d’argent et non autrement du cours actuel de France.
La propriété, même si elle a subi des transformations, notamment une démolition reconstruction lors du rachat en 1808 par la famille PRAT-BROUSSE, a alors déjà plus de deux cents ans au vu des plans cadastraux de 1770 qui font déjà état d’une construction présente au même emplacement, confirmé par l’acte de vente de 1794 qui précise l’origine de propriété avec les acquéreurs successifs … depuis 1694.

Registre indicateur: Volume 37 – numéro 50
Table alphabétique: Volume 247- Case 534
Répertoire de formalités: Volume 1234 – Article 51 (cote: 4Q1/1991)

Trois mois plus tard, la guerre franco-allemande éclate et durera de juillet 1870 à janvier 1871. En 6 mois, il y aura près de 250,000 tués français et allemands. La victoire de Bismarck lui permettra de prendre l’Alsace-Lorraine.
Émilie Alexandrine GAGNANT est originaire de Villebon-sur-Yvette où vécurent ses parents et où elle est née en novembre 1821.

Fin 1847, Émilie fête ses 26 ans. Quelque mois plus tard en février 1848, une troisième révolution éclate après celles de 1789 et 1830.
Le roi Louis-Philippe abdique et la IIème République est proclamée avec Louis-Napoléon Bonaparte élu Président.
Deux mois plus tard, en avril 1848, Émilie Alexandrine GAGNANT épouse à Paris dans le 7ème arrondissement Silvain « Victor » JOSSET, de 6 mois son cadet, originaire du village de Blancafort dans le Cher. Blancafort est située à la limite du Berry et de la Sologne, dans ce que l’on appelle le Pays-Fort. Les parents de Victor travaillent comme domestiques au château de Blancafort.


A la date de leur mariage, Émilie habite au 39 rue de l’Université et Victor au 50 rue de Verneuil à Paris, (Serge Gainsbourg n’est pas encore là…). Victor exerce le métier d’employé d’octroi; il percevait donc pour le compte de la ville les impôts sur certains produits vendus qui entraient dans Paris.

Emilie et Victor auront 4 enfants:
– Victor « Léon » JOSSET (1848 – 1899), journalier emballeur
– Edmond JOSSET (1856-1857), jumeau d’Henry, qui vit moins de 4 mois
– Louis « Henry » JOSSET (1856-), jumeau survivant d’Edmond, tripier
– Coelina Louise JOSSET, future blanchisseuse née en 1859 au 84 route d’Orléans à Montrouge chez ses parents. Victor, précédemment employé d’octroi, puis limonadier en 1856, est cette fois cité comme débitant de tabac avec son épouse.
On retrouve la trace de la famille avec leurs 3 enfants lors du recensement du hameau de Balizy qui compte 40 maisons (43 ménages) pour 150 habitants en 1872. Victor y est alors cultivateur:

La population totale de Longjumeau est alors de 2,301 habitants. Le recensement donne les détails par grande catégorie de métiers, hommes, femmes et par âge et prévoit même le recensement des « infirmes »:

Il recense également les animaux domestiques: on compte plus de 200 chevaux, plus de 100 moutons, des cochons, des vaches et 1 taureau, des chèvres, des ânes et des mulets ainsi que de nombreuses volailles (plus de 1500 poules, plus de 300 canards, plus de 100 pigeons, des oies et des dindes). On dénombre également 129 chiens:

Victor et Émilie sont installés depuis moins de 3 ans au Chariot d’Or lorsque Émilie décède à l’âge de 51 ans le 24 février 1873. Son décès déclenche la vente de la propriété qui sera rachetée par la famille RIGOLET-JOSSIE.
Leurs enfants JOSSET, Léon Victor (25 ans), laitier, Louis Henri le second jumeau (17 ans) et Coelina Louise JOSSET (14 ans), sont encore jeunes et domiciliés tous les trois à Paris avec leur père Victor.

La vente de 2 maisons à Balizy parait dans « L’Abeille de l’arrondissement de Corbeil » fin août 1873. Il n’est pas clairement établi qu’il s’agit du Chariot d’Or car la date de mise en vente ci-dessous indiquée est postérieure à celle constatée dans les hypothèques de Longjumeau.
On y apprend que Victor JOSSET est marchand de vins. Sand doute vend-il le produit de ses vignes qu’il exploite en tant que cultivateur. Son fils Léon Victor est militaire au 74ème de ligne, en garnison à Paris à l’École Militaire. Ses frère et sœur sont encore mineurs et ont pour tuteur Jean-François LUCAS, libraire à Longjumeau, ainsi qu’un certain Louis-Isidore JOSSET, tuteur « ad hoc », cultivateur à Saulx-les-Chartreux.
Épilogue JOSSET:
Victor se remariera à 56 ans en 1878 à Paris (1er) avec Maria ZIMMERMANN, 44 ans, suissesse d’Ocourt dans le canton de Berne.
On retrouve mention de leur séparation dans le journal Le Gaulois l’année suivante:


On suit la trace de Victor en 1880 à Levallois-Perret au 25 rue Marjolin où ils résident avec Coelina jusqu’à son premier mariage la même année. Coelina, veuve 5 ans plus tard d’un jeune serrurier de 26 ans, reviendra vivre chez son père avant de se remarier en 1886. Victor est alors devenu employé au Ministère de l’Agriculture et du Commerce aux Invalides. Deux ans plus tard, Victor, 66 ans, est « rentier » – il a arrêté de travailler – et a déménagé à la Varenne Saint-Hilaire (Saint-Maur).

Victor termine sa vie à Paris dans le 5ème au 41 rue Broca où il décède en 1906 à 83 ans.




