Ces souvenirs que j’ai pu dater ultérieurement en en parlant avec mes parents ne se présentent pas comme des événements qui se déroulent mais comme des images figées dont certains détails qui avaient du me frapper sont restés en mémoire.
Au tout premier, je devais avoir trois ans et demi. Mon père était à ma gauche et me tenait la main. Je ressens encore la sensation que j’avais de trouver sa main bien haute. Je vois le manteau beige que je portais ainsi que les souliers jaune montant. Et surtout les petits carreaux de terre cuite beige clair qui revêtaient à cette époque les trottoirs bordelais.
Le deuxième souvenir se situe au même moment. Nous entrons, je ne sais pas qui m’accompagne dans le couloir très sombre d’une maison. Au fond un escalier s’élève en biais vers l’étage et au milieu une dame très âgée le visage très mince. Le mur derrière elle est tapissé d’un papier bleu foncé avec des fleurs de lys dorées. j’ai su longtemps après que c’était le logis de mon arrière-grand-mère maternelle [Note: il s’agit a priori d’Anne GUILLEBEAU, épouse de « Petit » Pierre CHAUVIN, sa deuxième arrière-grand mère maternelle Coelina BARRÈRE étant déjà décédée en mai 1906 lors du décès de son propre époux Jean Charles LÉONARD].

Jean PEYROUX déguisé en toréador, Carnaval 1908
Le dernier souvenir qui se présente ainsi est celui d’une école privée où ma mère m’avait inscrit et où j’ai appris à lire et à écrire. Je revois la directrice Mademoiselle BUSTARET ou plutôt les détails qui m’avaient sans doute frappé; son nom, son nez fortement busqué et sa maigreur et surtout mon panier. L’école finissait vers cinq heures et il y avait une récréation à quatre heures pendaient laquelle les enfants goûtaient. J’emportais mon goûter (on disait à Bordeaux ma collation) dans un petit panier cylindrique d’une vingtaine de centimètres de longueur. La paroi cylindrique était constituée par des tigelles de bois d’un à deux millimètres de diamètre maintenues par des fils comme étaient constitués les stores d’alors. Ces tigelles étaient alternativement rouges et vertes. Les fonds étaient en bois coloré. J’y mettais un morceau de pain et une tablette de chocolat qu’en parlé bordelais on appelait une bille de chocolat.

Les souvenirs ultérieurs sont inclus dans le déroulement de la vie et n’ont pas cet aspect ponctuel des précédents.



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