Au Chariot d’Or avec Jean CHAUSSARD, contrôleur des grains et des farines, en 1694 (1/9)

Depuis plus de 300 ans, de nombreux familles se sont succédées dans cette habitation du hameau de Balizy qui était une ferme, comme de nombreuses propriétés du village. Elle a fait l’objet de plusieurs reconstructions, la dernière version datant de 1870.

Certains habitants cultivateurs en étaient propriétaires tandis que d’autres n’en étaient que les usufruitiers et louaient à des propriétaires qui avaient une toute autre activité. Entre propriétaires et habitants, on y croise des hôteliers aubergistes, un contrôleur des grains et farines, des peintres et graveurs, des maîtres de poste à chevaux, un marchand de laine, un négociant marchand de fer cantalou, un percepteur des impôts, des vignerons, un marchand de vin originaire du Cher, des dessinateurs, un comptable devenu représentant de commerce dans la papeterie, un bronzier, un sculpteur marseillais, un directeur commercial, une ergothérapeute et un drh…
Ils constituent « l’arbre généalogique » de cette habitation de la rue du Chariot d’Or.

Signature de Jean CHAUSSARD – 1681
Signature de Marie VILLAINE – 1681

Jean CHAUSSARD est officier de la Reine et contrôleur des grains et des farines. En tant qu’officier public, il est donc chargé du boisselage, c’est-à-dire de la mesure des quantités vendues sur les marchés. Il sert de garant, intermédiaire entre l’acheteur et le vendeur, pour la quantité, la qualité et le prix.

Mesure à grain XVIIème siècle
(Phot. Thierry Depagne/coll. S. Bedhome/cons. Musée de Vassogne)

Nul doute que son activité a été critique à cette période car 1693 et 1694 sont deux années de grande famine sous le règne de Louis XIV et les grains se sont faits rares; années froides, étés pluvieux, les récoltes successives sont mauvaises et la famine fait rage, aggravée par les épidémies qui déciment la population; sur 22 millions d’habitants, la France en perd un million et demi en deux ans.

Le vomitif des marchands de blés

Les deux mitrons désespérés ………. A ces marchands sans denrées
De voir que l’on fait rendre gorge ………. Qui nous faisaient manger du pain d’orge
……….

Peu d’information sur les origines de Jean CHAUSSARD hormis le fait que ses parents Edmond et Anne VIGOUREUX sont originaires de l’Ile Saint Louis à Paris.


Nous en savons plus sur les origines longjumelloises de Marie VILLAINE. Marie est issue d’une lignée d’hôteliers. Les auberges étaient nombreuses dans la commune car Longjumeau était le dernier relais pour les diligences avant Paris. Dès le XVIème siècle, on y comptait 34 auberges destinées à l’accueil des voyageurs.

Signature de Mathurin VILLAINE – 1663
Signature de Marie HARGENVILLERS – 1663

Le grand-père de Marie, Mathurin, premier du nom, était le Maître du Grand Écu à Longjumeau et son père, Mathurin VILLAINE (1637-1685), deuxième du nom, était l’hôtelier de la Croix d’Or.
Son oncle Pierre VILLAINE reprit le Grand Écu de son grand-père Mathurin.
L’un de ses frères Vincent VILLAINE (1670 – 1720) fut le Maître du Sauvage à Longjumeau également. Coïncidence (ou lien?), nous retrouvons le Sauvage 70 ans plus tard dans les mains de Louis CHOISEAU et d’Anne GRANDIN, cette dernière étant la tante d’un certain Michel GRANDIN que nous rencontrerons ultérieurement car il rachètera le Chariot d’Or en 1775.


La mère de Marie VILLAINE, Marie HARGENVILLIERS, fille de Vincent, lui-même maître cabaretier, était receveuse de la Commanderie de Balisy. En tant que receveuse, elle percevait les fermages, revenus, loyers, et autres droits pour le compte de familles de la noblesse, du clergé, d’institutions ou de personnages très riches, en l’occurrence ici la Commanderie de Balizy. Elle était payée à la remise, c’est-à-dire au pourcentage.

La Commanderie templière se situait a priori juste de l’autre côté le long de la voye du chariot d’or:

La commanderie templière originelle, qui date de 1288 a depuis disparu. Elle comprenait alors:

  • Une Chapelle, située place de la Liberté, à l’angle de la voie des Poulettes et de la rue de Ballainvilliers. Cette chapelle où la messe se disait encore en 1795, fut sans doute rasée vers 1920.
  • La Maison Seigneuriale, dans la rue de Ballainvilliers à Balizy, peut-être à l’angle du Chariot d’Or. Elle possédait 110 arpents (38 ha) de terres.
  • La ferme du Petit Balizy, détruite vers 1920.
  • Une muraille, encore visible par endroits, qui longeait le Rouillon dans le bois des Templiers et une autre, perpendiculaire, qui remontait au-delà du chemin de la Chevauchée.

Revenons à Jean CHAUSSARD et Marie VILLAINE:
Ils se marient en 1681 à Chilly-Mazarin avec parmi leurs témoins, Nicolas LESPAGNOL, conseiller du Roy, maître ordinaire en sa chambre des comptes, Seigneur de Ballainvilliers. Marie vient d’avoir 16 ans. Ils auront de nombreux enfants pendant deux décennies.

Jean décède entre 1701 et 1719 et Marie lui survit de longues années. Le partage de leur biens se fait le 8 juillet 1756 devant le Commissaire TRUDON du Châtelet.

C’est leur fille, Renée CHAUSSARD, née vers 1701 – peut être la dernière de la fratrie – qui hérite du Chariot d’Or en 1756. Elle est la veuve d’Edmé Nicolas BAUDRY, chirurgien major des Armées.

Uniforme de Chirurgien-Major des armées

En 1765, Renée revend le Chariot d’Or à Marie Madeleine BENNEVAULT, veuve de Jean MOYREAU, par contrat passé le 28 mars devant Maître LE JAY l’aîné, notaire parisien…

Extrait des minutes de Maître LE JAY du 28 mars 1765

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