Plan cadastral – hameau de Balizy – 1811
Le 16 mai 1808, Marie Madeleine MONTGOBERT (1754 – 1809) épouse d’Etienne CHARPENTIER (1741 – 1809) achète une des deux habitations du Chariot d’Or, composé de 3 chambres avec un jardin qui appartenait à Louise Prudence RADOT fille GRANDIN épouse MAILLET, tel que transcrit dans les archives notariales de Maître MALLET à Longjumeau:
Une maison au hameau de Balizy, commune de Longjumeau Grande Rue, ayant entrée par une grande porte donnant de ladite rue sur la cour ci après
Consistant savoir par le côté gauche de ladite porte, en trois pièces au rez-de-chaussée ; la première dont le pignon donne sur la rue […] éclairé par une croisée sur la cour, pour laquelle croisée en un huis ; […] laquelle chambre on entre par une allée qui a elle même son entrée par la cour
De l’autre côté de l’allée au fond à droite, autre petite chambre avec cheminée éclairée par une petite croisée au midi, donnant sur la cour d’une autre maison du vendeur
Enfin une autre chambre ayant entrée par la précédente, entre autre par la cour ; dans laquelle chambre existe la bosse d’un four dépendant de l’autre maison ;
Greniers sur lesdits lieux, couvert en tuiles ; auxquels on monte par un escalier prenant de l’allée dont est ci-dessous parlé ; ayant porte fermant à verrous.
L’égout duquel grenier donne d’un côté midi sur la cour de la maison du vendeur et l’autre sur celle de la maison présentement vendue.
Sur le côté droit de la grande porte, est un toit à porcs, sur lequel est un poulailler.
En longeant du côté nord, à l’extrémité du terrain présentement vendu est une grange divisée, une batterie en étable séparées par l’entrée ; ladite grange ayant entrée par une grande porte sur la cour n’étant éclairée par la rue, par une croisée construite au dessus du plancher de ladite étable; l’égout de ladite grange donne sur la rue et l’autre par le jardin ;
[…] entre lesdits bâtiments, en laquelle un puits en mauvais état, jardin ensuite ladite cour sans séparation, garni de quelques treilles autour du mur
Le tout tenant d’un côté Nord à Antoine SAULNIER, d’autre du midi à la cour, aux bâtiments, a la [?] grange appartenant aux vendeurs, d’un bout […] […] au vendeur, et d’autre bout sur la rue.



[Mme MONTGOBERT sera représentée ensuite en 1848 par Mr BUISSON]
Etienne CHARPENTIER est meunier au moulin de Gravigny:

La semaine suivante, le 23 mai 1808, Louise Prudence RADOT vend la propriété restante du Chariot d’Or que nous connaissons; elle est rachetée par Pierre PRAT pour la somme de 3,000 francs selon l’acte passé devant Maître GUILBERT, notaire à Saint Denis. Pierre PRAT paie 1,000 francs au comptant. Une inscription de 2,000 francs est réalisée le 16 juin 1808 (Volume 16 Numéro 677) qui sera rayée le 1er août 1811 suite au paiement des 2,000 francs effectué le 26 août 1808.
[…]
« Les acquéreurs s’obligent de payer les deux mille francs restant dudit prix de vente le vingt trois août prochain fixe. Jusque là il ne sera tenu d’aucun intérêt ; il ne pourra faire ce payement qu’en pièces d’or ou d’argent ayant cours et non en papiers billet ni effets qui auraient cours. »
[…]
« L’acquéreur prendra lesdits lieux vendus dans l’état où ils se trouvent, les bâtiments en très mauvais état, le tout avec les servitudes actives et passives résultant de contrat de vente que ledit Sieur MAILLET et son épouse ont déclaré avoir fait à ladite Dame CHARPENTIER. »
[…]
L’expédition de ce contrat a été transcrite au bureau des hypothèques de Corbeil le 16 juin 1808:

[…]
« Les parties font observer que c’est par erreur si dans le contrat il est dit que les biens présentement vendus contiennent en superficie un hectare vingt six ares cinquante quatre centiares et que cette erreur s’est glissée lors de la conversion des anciennes mesures en mesures métriques.«
[…]
Jacques MONTGOBERT, son épouse Anne-Germaine NARJEAU et leur fils Louis Jacques qui étaient locataires de la famille MAILLET, les anciens propriétaires, deviennent ainsi les locataires de Pierre PRAT, bourgeois de Saint-Denis:

[…]
« Ledit acquéreur aura la propriété desdits lieux vendus à compter d’aujourd’hui, il n’en recevra toute fois le revenu à son profit qu’à compter du premier juillet prochain.
Il sera tenu d’exécuter les baux dudit bien susnommé à lui fait et d’une portion au Sieur Jacques MONTGOBERT et Anne Germaine NARGEAU son épouse et à Louis Jacques MONTGOBERT leur fils, devant Maître EUSTACHE notaire à Longjumeau
Le treize pluviôse an neuf enregistré le vingt un pour neuf années qui ont commencé à courir du vingt un brumaire de l’an onze, onze novembre mil huit cent deux. Il aura le prix annuel duquel bail ledit acquéreur en recevra à créance de cent quatorze francs à compter du premier juillet prochain.«
[…]
Les locataires de Pierre PRAT, Jacques MONTGOBERT et Anne-Germaine NARJEAU, sont cousins germains du père de Marie Madeleine MONTGOBERT femme CHARPENTIER, acquéreur de l’habitation voisine. En effet, le père de Marie Madeleine, François MONTGOBERT, était fermier régisseur de la Commanderie de Balizy, et cousin germain de Jacques MONTGOBERT, locataire du chariot d’Or:

En 1817, Anne-Germaine, 68 ans, est veuve de Jacques MONTGOBERT et est recensée avec son fils Louis Jacques 46 ans à Longjumeau (6M/174 – page 71/88):
https://archives.essonne.fr/ark:/28047/hkqnjz8p520w/e03a3fbb-50f6-4410-88e8-b4cc24629e06
Les conditions de vente stipulent des travaux de séparations qui sont retracés dans l’acte de vente ultérieur de 1848:
» De la part de l’acquéreur (Dame Charpentier ?):
1° Qu’elle supprimera dans le délai de six mois la petite croisée pratiquée dans la chambre seconde désignée donnant sur la cour de la maison des vendeurs
2° Qu’elle recevra les eaux pluviales qui tomberont de l’égout des toits des maisons et grange réservées par les vendeurs étant au midi de la maison et du jardin présentement vendu ; qu’elle leur livrera passage dans les dits cour et jardin à l’effet de faire les réparations des murs et couvertures des dits bâtiments et grange ; et qu’ils auront dans toute la longueur des dits bâtiments, droit de tour d’échelle d’un mètre de largeur pour y placer les échafauds à l’effet de faciliter les dites réparations.
3° que dans le cas où les vendeurs ne devraient pas de passage entre leurs propriétés (consistant alors en diverses pièces de terre se trouvant derrière les jardins vendus à Madame CHARPENTIER et à Mme DAUPHIN) et le jardin présentement vendu, elle supprimera dans le délai de six mois la porte de son jardin donnant sur un chemin (celui désigné sous le Numéro 6 de la désignation qui précède) pratiqué autour des jardins de Balizy afin qu’ils aient la libre disposition de leurs terres mais si contre toute attente ce chemin était dû ou s’il était reconnu vicinal l’acquéreur sera dispensée de fermer et boucher la porte.
Et de la part des vendeurs :
1° Qu’ils recevront dans la cour de la maison réservée les eaux pluviales qui tomberont des égouts des bâtiments présentement vendus ; qu’ils lui livreront passage dans leur cour à l’effet de faire les réparations et reconstructions de murs et couvertures des dits bâtiments pour raison de quoi elle aura sur toute leur longueur droit de tour d’échelle d’un mètre de largeur pour y placer l’échafaud
2° Qu’ils supprimeront dans le délai d’un an la bosse du four étant dans la troisième chambre ci dessus désignée et deux croisées et une baie de côté donnant de la maison des vendeurs (celle présentement vendue) dans les cour et jardin présentement vendus appartenant aujourd’hui à Monsieur BUISSON comme représentant Madame CHARPENTIER. Le tout sans aucune et peu d’indemnité de part ni d’autre. En enfin l’acquéreur pourra faire exhausser ses bâtiments à la hauteur de ceux des vendeurs et apposer toutes les poutres utiles et nécessaires sur le pignon séparatif des deux propriétés qui sera mitoyen entr’eux et comme tel entretenu à l’avenir et sans payer aucune surcharge comme les vendeurs pourront également exhausser les bâtiments et apposer toutes poutres ou ferrures. Et dans le cas où les vendeurs feraient abattre la maison réservée, il est bien entendu que le pignon séparatif de leur propriété continuera de subsister dans l’état où il est et continuera d’être mitoyen.
Par ailleurs, Pierre PRAT rachète la propriété alors en mauvais état et décide de la démolir pour la reconstruire:
[…]
Attendu l’état de vétusté des bâtiments, l’acquéreur (M. PRAT) déclare qu’il se propose d’en faire la démolition, il le pourra en observant toutefois de conserver les murs du pignon et de clôture qui séparent la propriété vendue d’avec celle vendue à la Dame CHARPENTIER. Il supprimera la bosse d’un four, celui énoncé d’autre part qui donne dans la troisième chambre vendue à la Dame CHARPENTIER ainsi que la porte qui communique du jardin sur les champs afin que les vendeurs aient la libre disposition de leurs terres qui joignent le dit jardin ; il bouchera les ouvertures que ces deux suppressions auront occasionnées par un mur du même genre que celui qui les entoure. Que les portes donnant sur les terres de Monsieur et de Madame MAILLET et sur le chemin dont il s’agit ci dessus des autres parts et prenant naissance dans la propriété vendue présentement et dans celle vendue autrefois à Madame CHARPENTIER et appartenant actuellement à Monsieur BUISSON n’ont jamais été bouchées et existent encore aujourd’hui. Que toutes les autres portes, fenêtres ainsi que la bosse du four que Monsieur et Madame MAILLET et la Dame CHARPENTIER s’étaient obligés de supprimer l’ont été depuis longtemps. Et que les murs de la propriété vendue présentement se trouvant au midi et au couchant sont surmontés d’un chaperon ayant un seul plan incliné et faisant égout sur les petits terrains énoncés sous le numéro 6 de la désignation faite aux présentes.
[…]
On peut donc raisonnablement dater une reconstruction du Chariot d’Or vers 1808.

lors de leur mariage en 1813

Pierre PRAT (1770 – 1820) épouse Françoise BROUSSE (1769 – 1836) – cinq ans après avoir acheté le Chariot d’Or – le 14 juillet 1813 à Lascelle, le petit village du Cantal à 15 kilomètres d’Aurillac où ils sont tous deux nés et ont grandi dans leurs familles respectives.
Famille PRAT- BROUSSE de 1808 à 1836 :

C’est lors de leur mariage en 1813 qu’ils déclarent officiellement la naissance de leurs deux filles, qui ont déjà 7 ans et 10 ans: Françoise Pierrette Alexandrine PRAT l’ainée est née en 1802 à L’Isle-Adam – dans ce qui deviendra le département du Val d’Oise – et Gabrièle Caroline PRAT en 1805 à Levainville dans l’Eure. Sur l’acte de naissance en 1805 de cette dernière, il est indiqué que « les parents se sont mariés à Lascelle dans le canton d’Aurillac dans le courant du mois de Messidor de l’an IX » soit en juin-juillet 1801 mais c’était inexact car leur mariage a eu lieu après la naissance de leurs enfants. Toutefois, dans l’acte de vente de 1848, il est indiqué que le notaire Maître CHARMES d’Aurillac a reçu la minute de leur contrat de mariage le 15 Messidor an IX.
Leur « résidence ordinaire » de l’époque est à Paris au 47 rue Guénégaud dans le VIème arrondissement. Ils n’habitent donc pas au Chariot d’Or même s’ils en sont les propriétaires.
Pierre PRAT est indiqué marchand de fer en 1802 puis négociant à Aurillac. Il commerce probablement entre le Cantal et l’Ile de France. Françoise PRAT, sœur de Pierre, épouse un chaudronnier. De même les sœurs Gabrielle et Catherine de son épouse Françoise BROUSSE, épousent respectivement un chaudronnier et un ferrailleur. Nous sommes cette fois non plus avec des familles d’hôteliers comme l’étaient les GRANDIN mais des négociants et fabricants dans la métallurgie.
Dans les archives de Longjumeau, la matrice de rôle pour la contribution cadastrale (3P/2794 – page 89/131) de 1817 nous donne l’étendue d’une autre propriété de Pierre PRAT, qui constitue une surface d’environ 58 perches et 10 mètres soit près de 3000 m2. Ceci comprend une habitation avec des bâtiments et une cour de 19 perches (1000 m2), des terres (1200 m2), des terres plantées ou jardin potager (400 m2), de la vigne (250 m2) ainsi qu’une mare d’environ 60 m2:


Il est à ce titre redevable de 64 francs et 29 centimes d’impôts.

Le tarif est défini selon la nature de la propriété:

La fille cadette de Pierre PRAT et Françoise BROUSSE, Gabrielle Caroline PRAT (1805 – 1872), se marie en 1830 à Aurillac avec Antoine LAVIALLE (1792 – 1880), de 13 ans son aîné, qui est percepteur des contributions directes de Saint-Simon, village à 10 kilomètres de Lascelle sur la route d’Aurillac.
Lors de ce mariage, le père de la mariée, Pierre PRAT, est déjà décédé depuis 1820, à Saint Denis. Sa mère, Françoise BROUSSE, décède 6 ans plus tard en 1836 à Aurillac rue Marcenague, « chez LAVIALLE l’ainé » dans la demeure de Pierre LAVIALLE, 39 ans, également percepteur des contributions directes et peut être un des frères de son gendre Antoine LAVIALLE.
L’inventaire après le décès de Pierre PRAT est réalisé par Maître BARDET, notaire à Saint Denis, le 8 septembre 1820, suivi d’un acte de notoriété rectificatif reçu par Maître LEBEL le 18 décembre 1835 pour corriger PRAX en PRAT.
Famille PRAT- LAVIALLE de 1836 à 1848 :
Antoine LAVIALLE et Gabrielle Caroline PRAT habitent ensemble à Paris au 16 rue Saint Gilles en 1847.
Gabrielle est indiquée comme étant la seule héritière de la propriété de ses parents, sa sœur, Françoise Pierrette Alexandrine PRAT, était donc déjà décédée lors de la revente du Chariot d’Or fin 1847 à Jean Pierre DAUPHIN et son épouse Marie Angélique GOARD.
Épilogue PRAT :
Gabrielle et Antoine LAVIALLE restent à Saint-Denis au 9 Grande rue Saint Marcel où ils finiront leur vie. Gabrielle décède à 66 ans en 1872 et Antoine à 88 ans en 1880.
On leur connait deux enfants nés à Aurillac, dont un garçon Pierre Antoine Émile LAVIALLE qui décèdera jeune, à 25 ans, en 1860 à Paris rue de la Muette.
Leur fille ainée Marie Françoise LAVIALLE restera également dans la maison familiale de Saint Denis jusqu’à son décès en 1910.