Le 25 juillet 1808, Guillaume LE MOIGNE, cultivateur de 38 ans, devient le maire de la commune de Locarn. En effet, dans la même journée, l’ancien maire Julien QUEMENER (1768-1833) signe un dernier acte d’état civil tandis que Guillaume signe son premier acte en tant que maire.

Guillaume LE MOIGNE n’est pas élu mais nommé par le préfet, Jean-Pierre BOULLÉ, comme il se doit à l’époque. Nous sommes sous le 1er Empire de Napoléon et depuis 1800, l’Empereur lui-même, pour les grandes communes de plus de 5000 habitants, ou le préfet, pour les plus petites, ont le pouvoir de nommer le maire et son adjoint.

Cette nomination est souvent le résultat d’enquêtes locales auprès des notables pour identifier les candidats potentiels choisis selon leur moralité et leur dévouement à l’Empereur. Le préfet n’a aucune obligation de choisir le maire parmi les membres du conseil municipal. Il peut nommer n’importe quel citoyen de la commune, du moment qu’il remplit les conditions requises à savoir « être un homme, de plus de 25 ans, résidant dans la commune« .
Dans les critères de choix, le profil de notable et l’allégeance politique sont déterminants; la fonction de maire n’étant pas rémunérée, la « richesse » est perçue comme un gage de stabilité sociale, de moralité et d’instruction. De plus, le candidat doit faire preuve d’un attachement sans faille à l’Empereur.
Le maire, nommé pour 5 ans mais révocable à tout moment par le préfet, n’est à l’époque pas le représentant des intérêts de sa commune, mais le dernier maillon de l’État, sous la tutelle du préfet. Son rôle principal consiste à lever les impôts, maintenir l’ordre public et surtout gérer la conscription militaire – très lourde en cette période en raison des guerres napoléoniennes. Le maire n’a pas un rôle d’administrateur local, mais devient le premier agent de recrutement de l’armée impériale, indispensable pour alimenter en hommes les campagnes napoléoniennes; la classe « 1810 » est appelée avec une année d’avance, certains hommes exemptés ou non tirés au sort (comme la règle le voulait à l’époque) sont même rappelés…
C’est ainsi que 2 anciens de la branche BRÉJON, Louis Claude CORBIN, chevau-léger, et François Etienne BRÉJON, s’illustreront notamment à l’Est dans les campagnes de Russie.
Les conditions de nominations du maire seront inchangées de 1800 à 1814, jusqu’à la chute du 1er Empire et le retour de la monarchie avec Louis XVIII puis Charles X, petits frères de Louis XVI.
Avec la Restauration, de 1814 à 1830, le maire devra être nommé par le Préfet parmi les conseillers municipaux …qui seront eux-mêmes cette fois nommés et non plus élus.
Vient alors la Monarchie de Juillet de 1831 à 1842 et cette fois le maire est choisi au sein du conseil municipal, désormais élu au suffrage censitaire …donc par les plus aisés.

Contrairement à son prédécesseur Julien QUEMENER, Guillaume LE MOIGNE a une signature qui comporte une très belle ruche; la ruche est le tracé de boucles entrelacées qui terminent une signature et ressemblent à une ruche d’abeilles. Le but est de rendre la signature difficile à imiter de par sa complexité, et aussi de montrer la maîtrise de l’écriture, marqueur social d’une instruction supérieure. La signature de Guillaume ne date pas de sa nomination en tant que maire; il signait déjà ainsi à 23 ans, lors de son mariage en 1793:

Sa signature s’affinera avec le temps mais restera la même tout au long de ses mandats de maire … qui dureront plus de 3 décennies.

Le 3 décembre 1842, Guillaume, 72 ans, signe un dernier acte de décès en tant que maire de Locarn:

Les actes de l’état civil de Locarn qui suivent sont datés après le 13 décembre et sont signés cette fois par son adjoint Toussaint GUILLERM …jusqu’à l’acte de décès de Guillaume lui-même qui a lieu deux semaines plus tard le 29 décembre 1842. Ainsi s’achèvent 34 ans de mandat de maire pour Guillaume LE MOIGNE.

Il aura eu l’occasion de marier 3 des 4 couples d’arrière grands parents de Marie Joséphine KERBELLEC, (la mère de notre grand-mère Hortense LE MOIGNE), tous habitants de la commune de Locarn:
- Pierre ROCHARD (dont la mère Françoise GOAZOU décédera mendiante) et Marie Catherine LE BASTARD en 1823
- François Marie LE HIGUINEN et Marie Anne LE GODEC en 1830
- Yves Claude LE MOIGNE et Marie Yvonne LE BESCOND en 1836
Locarnot également depuis de plusieurs générations, il était un de leurs cousins éloigné, a minima cousin issu de germain.